CRITIQUE LITTÉRAIRE — La foi qui marche : amour, souffrance et liberté dans “Chemin de l’amour, Chemin de la vie” de Mathurin Zézé

Quand le monde court, certains choisissent encore de marcher : la vie n’est pas un sommet à atteindre, mais un chemin à habiter.

À l’heure où le monde célèbre la performance, la vitesse et la réussite immédiate, Chemin de l’amour, Chemin de la vie de Mathurin Zézé propose un autre rythme : celui de la marche intérieure. À travers un dialogue spirituel profondément humain, l’auteur invite à repenser l’amour, la souffrance et la foi non comme des certitudes acquises, mais comme des chemins de transformation. Entre sagesse africaine de la transmission orale et spiritualité chrétienne incarnée, cet ouvrage offre une parole rare : une parole qui n’impose pas, mais accompagne — et rappelle que vivre, aimer et croire relèvent d’un même mouvement de fidélité au pas suivant.

Résumé
Simplice ONGUI
Directeur Publication
Afriqu’Essor Magazine
osimgil@yahoo.co.uk

Chemin de l’amour, Chemin de la vie de Mathurin Zézé propose une réflexion profonde sur la condition humaine à travers une spiritualité du quotidien, fondée sur l’expérience, le discernement et la transmission. L’ouvrage s’articule autour d’un dialogue spirituel qui invite le lecteur à concevoir la vie non comme un sommet à atteindre, mais comme un chemin à parcourir, fait d’avancées, de chutes, de reprises et de maturation intérieure.

L’auteur y développe une vision exigeante et profondément humaniste de l’amour, compris non comme simple émotion, mais comme discipline intérieure et vocation de transformation. La souffrance y est abordée comme une expérience-limite capable, lorsqu’elle est habitée par le sens, de devenir un lieu de lucidité et de croissance spirituelle. La foi, quant à elle, n’est jamais présentée comme une fuite hors du réel, mais comme une responsabilité accrue, indissociable de la liberté humaine et des conséquences morales de chaque choix.

Accessible, non dogmatique et profondément incarnée, la sagesse transmise dans cet ouvrage s’inscrit dans une tradition africaine et chrétienne de la parole partagée, où la vérité ne s’impose pas mais se transmet dans la relation. Chemin de l’amour, Chemin de la vie apparaît ainsi comme un livre de compagnonnage, destiné à accompagner toute personne en quête de sens, croyante ou non, dans l’apprentissage patient de vivre, d’aimer et de croire.

Mots-clés

Critique littéraire ; littérature africaine contemporaine ; diaspora africaine ; spiritualité africaine ; transmission orale ; sagesse humaniste ; foi et responsabilité ; amour et altérité ; souffrance et résilience ; pensée théologico-politique ; christianisme et Afrique ; conscience critique ; écriture engagée ; littérature et société.

Abstract

Chemin de l’amour, Chemin de la vie by Mathurin Zézé offers a profound reflection on the human condition through a spirituality rooted in lived experience, discernment and transmission. Structured as a spiritual dialogue, the book presents life not as a summit to be reached, but as a path to be walked—marked by hesitation, failure, renewal, and inner growth.

The author develops an understanding of love not as emotion alone, but as an inner discipline and a lifelong vocation of transformation. Suffering is approached as a limit-experience which, when embraced with meaning, can foster maturity and spiritual depth. Faith is portrayed not as an escape from the world, but as an increased responsibility that engages freedom, doubt, and ethical accountability.

Accessible and non-dogmatic, the wisdom conveyed in this work draws on African and Christian traditions of oral transmission, where truth is shared rather than imposed. Ultimately, Chemin de l’amour, Chemin de la vie stands as a book of spiritual companionship, addressing believers and non-believers alike who seek coherence between life, love, freedom and responsibility.

Key words

Literary criticism; contemporary African literature; African diaspora writing; spirituality and humanism; oral tradition; faith and responsibility; love and alterity; suffering and resilience; theological-political thought; Christianity and Africa; critical consciousness; engaged writing; literature and society.

Introduction générale

Dans un monde marqué par la précipitation, la performance et l’illusion de la réussite immédiate, Chemin de l’amour, Chemin de la vie de Mathurin Zézé propose un profond déplacement du regard. L’ouvrage invite à rompre avec les logiques du sommet, de l’exploit spirituel ou de la perfection morale, pour redécouvrir une sagesse du chemin, humble et patiente, enracinée dans le temps long de l’existence humaine.

Construit sous forme de dialogue avec un père spirituel, le livre s’inscrit dans une tradition de transmission où la parole ne s’impose pas comme doctrine, mais s’offre comme accompagnement. Il ne s’agit ni d’un traité théologique, ni d’un manuel de morale, mais d’une parole vivante, née de l’expérience, attentive aux fragilités humaines et respectueuse de la liberté intérieure de chacun.

À travers six axes majeurs — le cheminement spirituel, l’amour comme vocation, la souffrance comme maturation, la foi responsable, la sagesse non dogmatique et la transmission — l’auteur explore les grandes questions qui traversent toute vie humaine : comment aimer sans posséder ? Comment souffrir sans se perdre ? Comment croire sans fuir le monde ? Comment exercer sa liberté sans se déresponsabiliser ?

L’originalité de l’ouvrage réside dans son refus des réponses simplistes. La vie n’y est jamais idéalisée ; elle est accueillie dans sa complexité, ses contradictions et ses recommencements. Chaque étape — joie, échec, doute ou blessure — devient un lieu possible de croissance, à condition d’être relue avec discernement.

Chemin de l’amour, Chemin de la vie s’adresse ainsi à un lectorat large : croyants engagés, croyants en recherche, mais aussi femmes et hommes en quête de sens, au-delà de toute appartenance confessionnelle stricte. Il propose une spiritualité incarnée, profondément humaine, où vivre, aimer et croire ne constituent pas des domaines séparés, mais les mouvements conjoints d’un même chemin intérieur.

Notice bibliographique

Chemin de l’amour, Chemin de la vie de Mathurin Zézé, publié par Mary Bro Foundation Publishing et préfacé par Jonas Tiéro, est un ouvrage de formation intérieure et de compagnonnage spirituel, conçu comme une série d’entretiens entre l’auteur et un père spirituel.Ce dispositif dialogique n’est pas anecdotique : il inscrit le livre dans une tradition de transmission orale, de sagesse vécue, où la parole n’est pas un enseignement abstrait mais une parole d’expérience, éprouvée par la vie.

Une spiritualité du chemin, non du sommet

Au cœur de l’ouvrage de Mathurin Zézé se déploie une métaphore fondatrice : la vie spirituelle est un chemin, non un sommet à conquérir. Cette image, à la fois simple et profondément structurante, rompt avec les représentations triomphalistes de la foi qui valorisent l’aboutissement, la réussite visible ou la perfection morale. Ici, l’essentiel ne réside pas dans l’arrivée, mais dans le processus de marche, dans la dynamique lente et parfois hésitante par laquelle l’être humain se façonne.

L’auteur insiste sur le fait que l’homme ne se construit pas dans l’instantanéité, ni dans une illumination définitive, mais dans une temporalité éprouvée : celle des pas successifs, des avancées modestes, des arrêts nécessaires et des retours sur soi. La vie apparaît ainsi comme un apprentissage continu, où les détours ne sont pas des échecs, mais des moments pédagogiques. Les égarements, loin d’être disqualifiants, deviennent des lieux de lucidité, à condition d’être relus avec discernement.

Cette conception déconstruit radicalement une vision idéalisée de la spiritualité, souvent nourrie par l’illusion d’une foi spectaculaire ou d’une sainteté sans faille. Le livre refuse toute logique de raccourci spirituel : il n’existe ni grâce mécanique, ni élévation sans effort intérieur. La grâce, dans cette perspective, n’abolit pas le chemin ; elle l’accompagne, l’éclaire, mais ne s’y substitue jamais. La transformation intérieure suppose une participation active du sujet, une fidélité humble au travail de soi.

La spiritualité proposée est donc processuelle, enracinée dans le temps long et dans la répétition patiente des choix quotidiens. Elle valorise la persévérance plus que la performance, la constance plus que l’exploit. Marcher devient un acte spirituel en soi : avancer malgré la fatigue, reprendre après la chute, accepter de ne pas tout comprendre immédiatement. Cette marche lente réhabilite la fragilité humaine comme lieu de vérité, et non comme défaut à masquer.

Enfin, cette spiritualité du chemin réintroduit une éthique de l’humilité. Refuser le sommet, c’est refuser toute posture de supériorité spirituelle. C’est reconnaître que chacun chemine à son rythme, avec son histoire, ses blessures et ses ressources propres. En ce sens, Chemin de l’amour, Chemin de la vie propose une sagesse profondément humaniste, où la foi ne s’évalue pas à la hauteur atteinte, mais à la fidélité au pas suivant.

L’amour comme épreuve et comme vocation

Dans Chemin de l’amour, Chemin de la vie, Mathurin Zézé rompt délibérément avec une conception édulcorée de l’amour, trop souvent réduit à l’émotion, à l’élan affectif ou à la simple affinité. L’amour n’est pas ici un état spontané ni un acquis naturel ; il est présenté comme une discipline intérieure exigeante, un travail patient de dépouillement et de maturation de l’être.

Le père spirituel rappelle que l’amour authentique commence par un renoncement : renoncement à l’ego dominateur, à cette tendance profonde à vouloir contrôler l’autre, l’enfermer dans nos attentes ou le réduire à un prolongement de nous-mêmes. Aimer, dans cette perspective, suppose d’apprendre à désoccuper le centre, à accepter de ne pas être la mesure de toute chose. Ce déplacement intérieur est souvent douloureux, car il confronte l’individu à ses peurs les plus enfouies : peur de perdre, peur de dépendre, peur d’être vulnérable.

Accepter la vulnérabilité constitue ainsi une étape décisive du chemin de l’amour. Loin d’être une faiblesse, elle devient une condition de vérité. Se rendre vulnérable, c’est accepter d’être atteint, parfois blessé, sans pour autant se refermer dans la méfiance ou le ressentiment. Le livre souligne que l’amour véritable ne protège pas de la souffrance ; il apprend à la traverser sans détruire le lien.

Accueillir l’autre sans le posséder représente une autre exigence majeure. Le père spirituel insiste sur la nécessité de reconnaître l’altérité irréductible de l’autre : l’autre n’est ni un bien, ni un territoire à conquérir, ni un objet de satisfaction personnelle. Aimer, c’est consentir à ce que l’autre reste libre, imprévisible, parfois déroutant. Cette reconnaissance de l’altérité oblige à déconstruire les attachements malsains, fondés sur la dépendance affective, la domination ou la peur de la solitude.

Le pardon, enfin, occupe une place centrale dans cette discipline de l’amour. Mais il ne s’agit jamais d’un pardon superficiel ou culpabilisant. Pardonner, selon le père spirituel, ne signifie ni oublier la blessure ni la nier. C’est au contraire la regarder en face, en mesurer la profondeur, et choisir de ne pas laisser la blessure devenir principe de destruction intérieure. Le pardon devient alors un acte de liberté, un refus de l’enfermement dans la rancœur.

Ainsi conçu, l’amour apparaît comme une épreuve de vérité : il révèle ce que nous sommes réellement, bien au-delà des discours et des intentions affichées. Il met à nu les contradictions intérieures, les fragilités affectives et les illusions de toute-puissance. Mais c’est précisément cette mise à nu qui ouvre un espace de croissance. L’amour devient alors une vocation, non parce qu’il serait facile ou gratifiant, mais parce qu’il appelle l’être humain à se transformer.

Dans cette perspective, aimer relève pleinement d’un chemin de conversion au sens fort : une transformation intérieure progressive, lente et parfois douloureuse, par laquelle l’individu apprend à sortir de lui-même pour entrer dans une relation plus juste, plus libre et plus humaine. L’amour cesse d’être une promesse abstraite ; il devient une pratique quotidienne, une école de vérité et de maturité spirituelle.

La souffrance comme lieu de maturation spirituelle

Dans Chemin de l’amour, Chemin de la vie, Mathurin Zézé aborde la question de la souffrance avec une rare justesse, en évitant soigneusement deux écueils opposés : sa sacralisation complaisante et sa négation contemporaine. La souffrance n’est ni exaltée comme une vertu en soi, ni reléguée au rang d’accident absurde qu’il faudrait simplement fuir ou anesthésier. Elle est située comme une expérience-limite, qui, sans être recherchée, peut devenir une école de lucidité et de maturation intérieure lorsqu’elle est habitée par le sens.

Le père spirituel rappelle avec insistance que la souffrance n’a pas de valeur rédemptrice automatique. Elle ne sauve pas par elle-même, et rien ne justifie qu’on la glorifie. Toutefois, lorsqu’elle survient — inévitablement, sous des formes multiples : perte, échec, maladie, trahison, solitude — elle place l’être humain face à une vérité qu’il ne peut plus esquiver. Elle suspend les illusions de maîtrise et contraint à un face-à-face avec soi-même. En ce sens, elle agit comme un révélateur intérieur.

La souffrance révèle d’abord nos fragilités constitutives. Elle met à nu ce que la réussite, la routine ou l’illusion de contrôle dissimulaient : notre dépendance aux autres, notre finitude, nos peurs profondes. Loin d’humilier l’être humain, cette révélation peut devenir une source de justesse. Reconnaître sa fragilité, c’est renoncer à la toute-puissance et entrer dans une relation plus vraie à soi, aux autres et au monde.

Elle opère ensuite un travail de purification des illusions. La douleur ébranle les certitudes superficielles, les sécurités artificielles, les attachements fondés sur l’apparence ou la possession. Ce qui semblait essentiel se révèle parfois secondaire ; ce qui était négligé prend soudain une importance nouvelle. Cette purification est souvent éprouvante, car elle implique un deuil : deuil de certaines images de soi, de certaines attentes irréalistes, voire de certaines relations idéalisées. Mais ce dépouillement ouvre la voie à une intériorité plus authentique.

Enfin, la souffrance peut ouvrir une profondeur nouvelle. Lorsqu’elle est accompagnée, méditée et intégrée, elle élargit la capacité de compassion, affine le regard sur la souffrance d’autrui et approfondit la vie spirituelle. Le père spirituel souligne que ceux qui ont traversé la douleur avec conscience développent souvent une écoute plus fine, une parole plus sobre, une présence plus humble. La souffrance, sans être recherchée, peut ainsi devenir un lieu d’élargissement intérieur.

Cette approche permet d’éviter deux dérives fréquentes. D’une part, le fatalisme religieux, qui invite à subir la douleur comme une volonté divine intouchable. D’autre part, le déni moderne de la souffrance, qui cherche à l’effacer à tout prix par la distraction, la performance ou l’anesthésie émotionnelle. Entre ces deux extrêmes, Mathurin Zézé propose une voie de discernement : reconnaître la souffrance, l’accompagner, lui donner sens sans jamais la justifier.

Ainsi comprise, la souffrance n’est ni un idéal ni un scandale définitif. Elle devient un lieu de passage, un temps de maturation où l’être humain apprend à habiter sa vulnérabilité, à relire sa vie autrement et à s’ouvrir à une transformation intérieure plus profonde.

Foi, liberté et responsabilité personnelle

Dans Chemin de l’amour, Chemin de la vie, Mathurin Zézé propose une conception exigeante de la foi, à rebours des représentations qui en font un refuge ou une échappatoire face aux tensions du monde. La foi n’y est jamais pensée comme une suspension de la responsabilité humaine, mais au contraire comme une exigence accrue de lucidité, de cohérence et d’engagement. Croire ne dispense ni d’agir, ni de penser, ni de choisir ; cela oblige davantage.

Le père spirituel insiste sur un point fondamental : la foi n’abolit ni le doute ni la liberté. Elle les intègre. Le doute n’est pas un signe d’infidélité, mais une composante normale de toute quête sincère. Il oblige à approfondir, à interroger, à purifier les motivations. De même, la liberté n’est jamais confisquée par la foi ; elle est au contraire sollicitée de manière plus radicale. Croire, c’est accepter de répondre, en conscience, à ce qui est perçu comme un appel, sans jamais s’y dérober par la passivité.

Cette foi se veut profondément incarnée dans le quotidien. Elle ne se limite pas aux rites, aux paroles ou aux déclarations d’intention, mais se vérifie dans les gestes ordinaires, les relations, les choix professionnels, familiaux et sociaux. Chaque décision devient un lieu possible de cohérence ou de contradiction. La foi cesse alors d’être un discours pour devenir une pratique vivante, inscrite dans le réel concret de l’existence.

Le dialogue met également en lumière une foi attentive aux choix concrets. Il ne s’agit pas d’adhérer à des principes abstraits, mais d’apprendre à discerner, situation après situation, ce qui fait grandir l’humain. Cette attention exige un travail intérieur constant : relire ses intentions, mesurer l’impact de ses actes, accepter d’être remis en question. La foi devient ainsi une école de responsabilité, où chaque choix engage non seulement soi-même, mais aussi les autres.

Cette responsabilité s’étend à la conscience des conséquences morales de chaque décision. Le père spirituel rappelle que nul acte n’est neutre. Les paroles, les silences, les compromis, les renoncements produisent des effets réels. La foi ne protège pas de l’erreur, mais elle invite à en assumer les conséquences, à réparer lorsque c’est possible, à apprendre de ses manquements. En ce sens, elle s’oppose à toute forme de déresponsabilisation morale.

La liberté humaine, dans cet ouvrage, est pleinement respectée, mais jamais idéalisée. Elle est interrogée dans son usage : que faisons-nous réellement de cette liberté ? Est-elle mise au service de la relation, de la justice et de la vie, ou bien détournée vers l’égoïsme, la facilité et l’indifférence ? Cette interrogation traverse l’ensemble du livre et transforme l’existence en un espace de discernement permanent, où l’homme est appelé à choisir, encore et encore, la fidélité à ce qu’il reconnaît comme juste.

Ainsi, foi, liberté et responsabilité ne s’opposent pas ; elles se renforcent mutuellement. La foi éclaire la liberté, la liberté rend la foi authentique, et la responsabilité en constitue la preuve concrète. Chemin de l’amour, Chemin de la vie invite le lecteur à habiter pleinement cette tension féconde, là où croire signifie avant tout répondre de ses actes devant soi, devant les autres et devant la vie.

Une sagesse accessible, sans dogmatisme

L’une des qualités majeures de Chemin de l’amour, Chemin de la vie tient à son refus assumé du dogmatisme. Mathurin Zézé, à travers la voix du père spirituel, ne se place jamais dans une posture d’autorité surplombante. Il ne parle ni en juge, ni en moraliste, ni en détenteur exclusif d’une vérité à imposer. Sa parole est avant tout une parole d’accompagnement, humble et attentive, qui éclaire sans contraindre et oriente sans enfermer.

Cette sagesse se déploie dans l’art du questionnement plus que dans l’affirmation péremptoire. Le père spirituel préfère susciter la réflexion plutôt que livrer des réponses closes. Il invite le lecteur à interroger sa propre expérience, à relire son histoire, à discerner par lui-même le sens de ce qu’il traverse. La vérité n’est pas donnée comme un bloc figé ; elle se révèle progressivement dans le mouvement du cheminement personnel. Cette démarche respecte profondément la liberté intérieure du lecteur.

En refusant toute vérité imposée de l’extérieur, l’ouvrage valorise une spiritualité de l’écoute et du dialogue. Le lecteur n’est jamais réduit à un simple récepteur passif. Il devient acteur de sa propre quête, responsable de l’appropriation du sens. Cette posture évite le piège d’une foi infantilisante, qui dicterait ce qu’il faut penser ou faire, et ouvre au contraire à une foi adulte, consciente de ses tensions et de ses limites.

Cette absence de dogmatisme n’est pas synonyme de relativisme. Le livre propose des repères clairs — amour, responsabilité, vérité intérieure, fidélité au chemin — mais il les présente comme des horizons à habiter, non comme des normes rigides à appliquer mécaniquement. La sagesse transmise est ainsi souple, incarnée, ajustée aux situations concrètes de la vie.

  • C’est précisément cette posture qui rend l’ouvrage largement accessible. Il peut accompagner :
  • les croyants engagés, qui y trouvent une parole de profondeur, débarrassée des automatismes religieux et des formules toutes faites ;
  • les croyants en questionnement, souvent fragilisés par le doute ou la lassitude, à qui le livre offre un espace de respiration et de réconciliation intérieure ;
  • les lecteurs en quête de sens, même en dehors d’un cadre confessionnel strict, car la sagesse proposée touche à l’universel : la manière d’aimer, de souffrir, de choisir et de vivre avec justesse.

Ainsi, Chemin de l’amour, Chemin de la vie se présente comme un lieu d’hospitalité intérieure. Il n’exige pas l’adhésion préalable à un système de croyances ; il propose un compagnonnage. Cette sagesse accessible, patiente et non dogmatique fait de l’ouvrage un espace de rencontre entre spiritualité, humanité et liberté, où chacun peut avancer à son rythme, sans crainte d’être jugé ou exclu.

Un livre de compagnonnage et de transmission

En définitive, Chemin de l’amour, Chemin de la vie ne se présente ni comme un traité théologique, ni comme un manuel moral prescriptif. Mathurin Zézé propose plutôt un livre de présence, au sens le plus fort du terme : une présence discrète mais constante, qui marche aux côtés du lecteur sans le précéder de trop loin ni le pousser de l’arrière. Le texte n’impose pas un itinéraire ; il accompagne les interrogations, les hésitations et les élans intérieurs de chacun.

Cette posture de compagnonnage s’enracine dans une tradition africaine et chrétienne de la parole transmise, où la sagesse ne s’énonce pas comme un savoir abstrait, mais se partage dans la relation. La parole y est vivante, incarnée, souvent transmise de personne à personne, dans l’écoute, le récit et l’expérience partagée. Le dialogue avec le père spirituel s’inscrit pleinement dans cette logique : il ne s’agit pas d’enseigner « depuis le haut », mais de marcher ensemble, d’éclairer le chemin par touches successives.

Le livre devient ainsi un espace de mémoire et de filiation. Il recueille une sagesse éprouvée par le temps, transmise de génération en génération, non comme un héritage figé, mais comme un patrimoine vivant à réinterpréter. Cette transmission n’est pas verticale et autoritaire ; elle est horizontale et hospitalière, attentive aux rythmes, aux blessures et aux singularités de chaque lecteur. Chacun est invité à s’approprier la parole reçue, à la relire à l’aune de sa propre histoire.

En ce sens, l’ouvrage agit comme un compagnon de route. Il peut être ouvert à différents moments de la vie — dans la joie comme dans l’épreuve — et offrir une parole juste, sans jamais prétendre clôturer la question. Cette fidélité à l’inachevé est l’une de ses forces : le livre ne promet pas de réponses définitives, mais une présence fidèle dans le temps long du cheminement intérieur.

L’invitation finale est claire et profondément humaniste : vivre, aimer et croire relèvent d’un même mouvement. Ces dimensions ne sont pas cloisonnées ; elles s’entrelacent dans l’expérience concrète de l’existence. Vivre, c’est apprendre à aimer ; aimer, c’est consentir à la vulnérabilité ; croire, c’est continuer à avancer malgré l’incertitude. Le chemin est fait de pas modestes : avancer, tomber, se relever, apprendre — et recommencer.

Chemin de l’amour, Chemin de la vie rappelle ainsi, avec une sobriété lumineuse, que la sagesse ne consiste pas à atteindre un état parfait, mais à demeurer en marche, humblement, attentivement, fidèlement, sur le chemin de la vie, accompagné par une parole qui éclaire sans jamais s’imposer.

Conclusion générale

Au terme de cette traversée spirituelle, Chemin de l’amour, Chemin de la vie apparaît comme un ouvrage d’une grande cohérence intérieure, où chaque thématique — amour, souffrance, foi, liberté, responsabilité — converge vers une même intuition fondamentale : la vie humaine est un chemin de transformation, non une destination figée.

Mathurin Zézé y propose une sagesse de la marche, patiente et réaliste, qui refuse aussi bien les illusions de la perfection que les renoncements du désespoir. L’homme ne se définit pas par la hauteur atteinte, mais par sa capacité à continuer d’avancer, à se relever après la chute, à relire ses épreuves et à demeurer fidèle au pas suivant.

L’amour, compris comme vocation, révèle la vérité profonde de l’être ; la souffrance, lorsqu’elle est habitée par le sens, devient lieu de lucidité ; la foi, loin d’abolir la liberté, l’approfondit et la rend responsable. À travers ces dimensions, l’ouvrage trace une spiritualité du réel, enracinée dans la vie concrète et ouverte à l’universel.

Par son ton non dogmatique, sa parole d’accompagnement et son profond respect de la liberté intérieure, Chemin de l’amour, Chemin de la vie s’inscrit dans une tradition de transmission où la sagesse ne s’impose pas, mais se partage. Le livre ne cherche pas à donner des réponses définitives, mais à offrir une présence fidèle dans le temps long du cheminement humain.

En définitive, l’œuvre rappelle avec sobriété et profondeur que vivre, aimer et croire relèvent d’un même mouvement intérieur : celui d’un être humain toujours en devenir, appelé à marcher humblement, lucidement et librement sur le chemin de la vie.

Simplice ONGUI
Références bibliographiques
  1. Zézé, Mathurin. Chemin de l’amour, Chemin de la vie.
    Mary Bro Foundation Publishing, 2023, préface de Jonas Tiéro.
  2. Ricœur, Paul. Soi-même comme un autre. Paris : Seuil, 1990.
    (identité, responsabilité, éthique du sujet)
  3. Levinas, Emmanuel. Totalité et Infini. Paris : Le Livre de Poche, 1991.
    (altérité, amour, responsabilité envers l’autre)
  4. Frankl, Viktor. Man’s Search for Meaning. Boston: Beacon Press, 2006.
    (souffrance et sens)
  5. Buber, Martin. Je et Tu. Paris : Aubier, 1969.
    (relation, dialogue, présence)
  6. Delorme, Jean. La foi comme chemin. Paris : Cerf, 2004.
    (foi non dogmatique)
  7. Hampaté Bâ, Amadou. Amkoullel l’enfant peul. Paris : Actes Sud, 1991.
    (tradition orale et transmission africaine)

 

 

 

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